Francis Hallé, en train de dessiner dans le sous-bois. Laos 2012. © IRD – Jean-Yves Meunier

L’Herbier IRD de Guyane salue la mémoire de Francis Hallé, botaniste et biologiste dont le décès, survenu le 31 décembre 2025, marque la disparition d’une figure majeure de l’étude des forêts tropicales. Son parcours scientifique, profondément ancré dans le terrain, a contribué de manière déterminante à la connaissance et à la reconnaissance des écosystèmes forestiers amazoniens, en Guyane comme dans l’ensemble des régions tropicales.

Tout au long de sa carrière, Francis Hallé a consacré ses recherches aux arbres, qu’il considérait comme des organismes complexes, structurants et essentiels au fonctionnement des forêts. Père de l’architecture des plantes, il a développé, avec ses collaborateurs, des concepts fondateurs montrant que la diversité des formes arborées repose sur un nombre limité de modèles de développement. Ces travaux de référence continuent d’inspirer de nombreux programmes de recherche actuels, notamment au sein de l’UMR AMAP (botAnique et Modélisation de l’Architecture des Plantes et des végétations) où ils occupent une place centrale. Bien qu’il n’ait jamais été lui-même membre de cette unité, Francis Hallé a formé et inspiré plusieurs amapiens, marquant durablement leurs approches scientifiques.

Les concepts qu’il a développé avec ses co-auteur dans leur ouvrage de référence : Halle, F., Oldeman, R.A.A. et Tomlinson, P.B. — Tropical trees and forests. An architectural analysis. Springer-Verlag, Berlin, Heidelberg and New York, 1978 sont toujours au coeur du programme scientifique d’AMAP.

 

Le radeau des cîmes : envol d’un ballon de collecte. Guyane Française 1989. © IRD – Pierre Reynaud

La Guyane a constitué un terrain d’étude privilégié pour Francis Hallé. Attiré par l’exceptionnelle diversité biologique de la forêt amazonienne, il y a mené des travaux qui ont largement contribué à faire émerger la canopée comme un espace central de recherche. En participant à la conception et au déploiement du Radeau des cimes, il a rendu possible l’exploration scientifique de ce milieu longtemps resté hors d’atteinte. Les campagnes conduites en Guyane ont mis en évidence la richesse floristique et faunistique de la canopée, ainsi que son rôle fondamental dans la dynamique et la résilience des forêts tropicales.

Son engagement en Guyane s’inscrit pleinement dans une démarche de connaissance, mais aussi de respect et de préservation des forêts primaires. Francis Hallé a constamment défendu l’idée que ces écosystèmes, façonnés sur des millions d’années, constituent des réservoirs irremplaçables de biodiversité et de savoirs scientifiques. Cette vision résonne fortement avec les missions de l’IRD et de l’Herbier de Guyane, dédiées à l’étude, à la conservation et à la valorisation du patrimoine végétal amazonien.

Au-delà de ses travaux de recherche, Francis Hallé a marqué durablement la formation en botanique tropicale. Professeur à l’Université de Montpellier pendant près de trente ans, il a formé de nombreuses générations de biologistes, en privilégiant une pédagogie fondée sur le terrain, le dessin scientifique et l’observation directe. Plusieurs de ses enseignements et missions ont conduit les étudiantes et étudiants au contact des forêts tropicales, notamment en Guyane, où il transmettait une manière exigeante et sensible de regarder le vivant.

Très attaché au partage des connaissances, Francis Hallé s’est également adressé à un public bien au-delà du monde académique. Par ses ouvrages, ses conférences et ses dessins, il a contribué à faire évoluer le regard porté sur les arbres et les forêts, en soulignant leur complexité, leurs interactions et leur rôle actif dans la transformation de leur environnement.

Jusqu’à ses derniers mois, Francis Hallé est resté animé par des projets scientifiques et citoyens ambitieux, témoignant de sa fidélité à une vision du vivant pensée sur le long terme. Son engagement en faveur des forêts primaires, en Amazonie comme ailleurs, constitue un héritage scientifique et éthique majeur.

L’Herbier IRD de Guyane rend hommage à un chercheur profondément lié à la forêt amazonienne et à la Guyane, dont les travaux continueront d’éclairer la recherche botanique et la réflexion sur la préservation des forêts tropicales.